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La rivière du hibou  posté le mardi 31 juillet 2007 16:29

Blog de gregorya : Hors format, La rivière du hibou

Le nom de Robert Enrico (disparu en 2001) ne dit sans doute plus grand chose à grand monde aujourd'hui (je me souviens l'avoir découvert, ado et ému, avec un film devenu mini-série télé sur la Shoah, "Au nom de tous les miens"). C'est pourtant un des rares cinéastes français ayant concrètement influencé toute une génération de cinéastes américains devenus mythiques aujourd'hui. Comment ? Avec trois courts métrages (réédités aujourd'hui en DVD par M6 Vidéo), trois magnifiques miniatures qui procurent encore et toujours une forme indicible d'émotion. D'abord parce que ces trois films sont liés par une réelle unité de fond (il s'agit d'adaptations de nouvelles du romancier américain Ambrose Bierce toutes situées pendant la Guerre de Sécession) mais surtout parce qu'ils ont en commun une magnifique unité narrative et visuelle, qui fait toute leur force : fluctuation permanente entre rêve et réalité, engloutissement de l'homme par la nature, récits de solitudes prises dans le tourbillon de l'Histoire, sans oublier un noir & blanc sublime.

Le plus célèbre des trois courts métrages est sans doute La rivière du hibou, qui raconte les dernières minutes de la vie d'un déserteur, lequel, au moment de sa pendaison, rêve qu'il part retrouver sa fiancée. Entre l'onirisme de "Peter Ibbetson" (un grand classique avec Gary Cooper) et des scènes de guerre dans la meilleure veine humaniste de John Ford, ce court métrage extraordinaire allait gagner la Palme du Meilleur court en 1962 et l'Oscar en 1964 (entre pas mal d'autres prix), puis devenir (avec quelques minutes en moins) un épisode de célèbre série "La quatrième dimension" une fois que Rod Serling en eut racheté les droits. Lucas et Spielberg, alors adolescents au moment de ce premier passage télé, ne s'en remettront pas. 

Quant à Chickamauga, c'est un certain George Romero que ce récit influença fortement, dans sa vision d'une humanité réduite à l'état de zombies, en l'occurrence un groupe de militaires vus à travers le regard d'un soldat devenu sourd.

Reste L'oiseau moqueur, peut-être le film le moins connu des trois, dans lequel un jeune militaire perd son bataillon, connaît l'épreuve de la solitude puis se perd dans un souvenir d'avant-guerre qui le mènera à la mort. 

Voilà pour des bijoux d'une beauté d'un autre monde. Portez-les en sautoir, en médaillon ou en bague, mais portez-les. Vous serez plus beaux (dans votre tête) avec !

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